Bienvenue à la Taverne
Salut à toi, voyageur!
Sois le bienvenu dans la Taverne.
Ici, point de Valstar… sauf pour celui qui a perdu le goût de la Kwak. Chez nous, on ne plaisante pas avec la bière: on sert de la bonne. La meilleure. La plus sombre aussi, parfois. Celle qui laisse une moustache de mousse et des souvenirs dont on ne se rappelle plus le lendemain.
Pour reprendre des forces, c’est fondue, raclette ou pizza au gorgonzola à volonté. Les plus courageux enchaînent les trois dans la même soirée. Les autres abandonnent après la deuxième raclette.
Et parce qu’un repas digne de ce nom ne se termine jamais vraiment, un petit morceau de fromage est toujours là pour aider à faire passer le reste. Enfin… c’est ce qu’on raconte.
La Taverne fait aussi auberge.
Les canapés sont là pour ça.
Ils sont célèbres jusqu’à Liège.
Même les insomniaques rêvent d’y dormir, crois-moi.
Le temple des bons vivants
Le whisky le plus rare coule à flots, faisant oublier les palettes de 8.6 qui ont accompagné les années étudiantes. Derrière le comptoir, les bouteilles s’alignent comme des trophées, chacune attendant le client suffisamment téméraire pour lui rendre hommage.
Dans l’arrière-salle s’activent les joueurs de billard. L’ardoise affiche des scores dignes de la Sibérie: interminables, glacials et incompréhensibles pour les nouveaux venus. Plus loin, on lance des fléchettes sur le portrait d’Eddie, qui, heureusement, ne s’en est jamais plaint.
Le voyage commence
Quand l’heure avance, les images se troublent et la boisson t’emporte dans un monde merveilleux peuplé de girafes où coulent des torrents de cheddar fondu.
Là, tu marches sur les eaux glacées des lacs de Suède tandis que des danseurs à cloche-pied entonnent la Walkyrie. Des villageois en jupe lancent des troncs d’arbres au son des cornemuses, pendant que de jeunes filles en fleurs sautillent sous les applaudissements des touristes émerveillés.
Puis le décor change au son discret d’un clairon. Te voilà au paradis des loueurs de voitures. Le parking sert de patinoire improvisée et, de temps à autre, une voiture décide de continuer sa route sans son conducteur. Mais tout le monde s’en moque: ce n’est pas une voiture de location.
Ici, les tunnels sont à ciel ouvert. Impossible d’y coincer un camion, même avec la meilleure mauvaise volonté du monde. Et la police, de toute façon, regarde ailleurs.
Et puis soudain, c’est le cauchemar.
Ton sandwich s’étale entièrement sur le trottoir.
Six heures… c’est déjà l’heure d’aller bosser.
Ce matin, tu vas tous les faire mourir… par l’épée.
Le prix du paradis
Sache-le: ce petit paradis, c’est à moi que tu le dois.
J’ai acheté tout un pâté de maisons pour qu’on puisse s’y lâcher sans retenue. Les banques ont cru à mon projet, ou peut-être qu’elles n’ont pas bien lu les petites lignes. Toujours est-il qu’elles ont signé.
Résultat: j’en ai pris pour vingt ans de crédit.
Et maintenant? Je n’ai plus une thune.
Mais tant qu’il reste une bière au frais, un canapé libre et quelques amis autour de la table, on peut encore considérer que l’investissement en valait largement la peine.