Fabien L. Chronique d’une fuite en avant

Fabien L. Chronique d’une fuite en avant

— Allez hop, hop, hop, on est en vacances ! On monte dans la Porsche, on récupère un copain sportif à la gare, on prend en stop deux alpinistes au pied de la Jonction et on file au bistrot des sports.

— Ben moi, j’me fumerais bien une ch’tite clope.
— Dis papa, tonton Éric, il veut pas me filer une taffe.
— Silence, les enfants, papa double, et d’abord on ne fume pas dans ma voiture.

En revenant des vacances, j’ai acheté une Porsche plus grande et un box pour y mettre l’autre. Avec le box, j’ai eu un appart en prime et une caisse de champagne millésimé et bouchonné. L’appart, tout confort, avec ascenseur pour aller au premier et des voisins en cheville avec la police.

Bref, tout aurait été parfait si je n’avais pas voulu percer un mur pendant les heures légales. Et là, problème : la tronçonneuse de location ne rentre pas dans le coffre. Tant pis, j’ai pris une BM.

Un soir, tranquillement en train de siroter un petit Ricard au Black Bear, un type gigantesque me demande pourquoi je fais la gueule. Ni une ni deux, je lui colle un pain. La suite est difficile à se rappeler.

Des images mélangées : un nez qui saigne, un train d’atterrissage, un baquet d’eau, une chute dans un trou, et l’impression de ne pas pouvoir en sortir.

Finalement, un corps traîné jusqu’au coffre, qui se révèle trop petit pour le bonhomme. Il a fallu tronçonner.

Plus jamais ça. Le lendemain, j’ai viré la BMW dans un box pour me prendre une Mercedes.

Sauf qu’au boulot, ils commencent à devenir lourds. Les Porsche, la BMW et la Mercedes font des jaloux. J’ai beau dire que c’est de l’occasion, que j’économise sur les truffes et le foie gras à chaque réveillon, les astreintes, les guitares, l’ampli, les CD, la télé et les vacances au soleil de minuit, sans parler des patates à volonté au resto.

N’y tenant plus, je passe à la Clio de société. Et hop, un box.

Mais la Clio, elle ne pousse pas en ville. Et pour la neige, rien ne vaut une traction. Super occase : une Peugeot. La voiture idéale. J’achète. Et un box.

Depuis, ça va bien, merci. À part le coût d’entretien des box, les charges et les impôts.

Je vais bosser à vélo.

Je n’ai plus une thune.

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