Giheff T. : informaticien malchanceux et compulsif

Giheff T. : informaticien malchanceux et compulsif

C’est scandaleux ! Des infâmes gougnafiers ont inventé tout ce qui précède. La photo n’est même pas de moi. Quant à la sculpture, c’est le module de refroidissement de mon nouveau processeur floatel à polarisation orthogonale et tri-axiale parabolique de précision fentométrique bipolaire.

Il m’appartient ici de rétablir la triste vérité. Elle tient en une phrase: vingt ans passés à mettre à jour mon parc de matériel informatique m’ont complètement ruiné.

J’ai touché un clavier pour la première fois en 1979, au centre de calcul d’une boîte de recherche. J’y ai imprimé toute une rame de papier de formes géométriques. Au club d’informatique du collège, j’ai appris les coups de peek et de poke. Puis, en 1982, j’ai eu ma première machine qui faisait clignoter la télévision pendant les calculs. Pas assez rapide. J’ai fait des études; c’est devenu mon métier. Pas bien payé, en fait. Du BASIC, je suis passé au FORTRAN, au Modula, au Pascal, au C, au C++, au Java… et j’ai traversé les assembleurs hard core. Rien n’y fait.

J’ai dû passer la barre des mégahertz. De 4 à 25, 33, 60, 90, 133, 200, 233, 333, 450, 1600, 2500. Toujours trop lent: les formes polygonales, les fractales, la 3D, le ray tracing, le Z-buffering, le gouraud, l’alphablending, les shaders, et il a fallu changer les cartes, de 256, 32 000, 65 000, 16 millions de couleurs, 32 bits, les écrans de 14 à 22 pouces, les cassettes, disquettes, disques durs, streamers, CD-ROM, DAT, DVD. Je ne sais pas pourquoi je n’avais pas de copains en dehors du boulot.

Des nuits entières à démonter et remonter des cartes, tout en pestant contre les éléments qui ne s’encliquetaient pas et les taïwanais qui laissaient des bords coupants sur les boîtiers.

Avec les bouts d’une machine, j’en fabriquais une autre et je me suis retrouvé à la tête d’un parc d’une demi-douzaine de machines, toutes plus poussives les unes que les autres, dont les plus vieilles cartes gisaient un peu partout.

Leurs cadavres ont envahi mes étagères, le sol de ma chambre, le salon, la cave, le dessus des armoires, les enceintes, derrière les portes, le long des murs. Ils sont devenus l’aquarium des poissons, le repose-courrier, le chauffage des pièces. Sans parler des trucs sur lesquels on s’explose le pied en se levant le matin.

Et pour quel résultat ? J’ai tout foutu à la poubelle et j’ai dû payer la déchetterie. Avec mon argent de poche, je me suis acheté ce truc complètement inutile.

J’ai plus une thune.

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